Des routiers aux fans de moto-cross, Johanna Cartier s’intéresse aux pratiques et modes de vie ruraux, entre tradition et hypermodernité mondialisée. Croisant sciences sociales et pure recherche esthétique, l’artiste décortique et déconstruit les mythologies qui habitent ces territoires et cherche à retranscrire la vie de la France des marges : ses stations essence désertées, ses routes à n’en plus finir, son ambiance, ses rituels et bien sûr, les modes de vie de ses habitants. La frustration, l’ennui, ou encore la précarité, ne sont pas des thèmes directement abordés, mais apparaissent comme toile de fond à une oeuvre formant un grand tableau social questionnant la notion de collectif. Condensés de recherches, d’expériences et de rencontres personnelles, les oeuvres de Johanna Cartier se focalisent en fait sur les éléments qui constituent l’environnement social rural, et exprime les modes de vie de communautés plus ou moins subalternes ou stigmatisées. Gars des cités, camionneurs, habitués des PMU, adolescent.es errants, amateur.trices de rodéos urbains ou collectionneur.euses des fameuses baskets TN… Johanna Cartier investit et retravaille les symboles, les gestes et les objets fétiches de sous-cultures développant une esthétique traversée par des enjeux de distinction, de classe et de genre. Procédant par enquête et contact prolongé avec les sujets de ses oeuvres, l’artiste appréhende des sous-cultures qui ne lui sont jamais complètement étrangères, sans a priori, ni volonté d’en être la porte-parole. Célébrant tous les syncrétismes à travers le détournement et l’appropriation symbolique, Johanna Cartier fait plutôt de la représentation de ces cultures un acte politique d’inclusion. D’August Sander à Mohammed Bourouissa, son travail ouvre de nouveaux espaces de visibilité dans le champ de l’art et s’inscrit dans l’héritage du réalisme tout en laissant une large place aux fantasmes.

Texte écrit par Julie Ackermann à l’invitation de Documents d’Artistes Bretagne pour BASE, 2021