Des routiers aux fans de moto-cross, Johanna Cartier s’intéresse aux pratiques et modes de vie ruraux, entre tradition et hypermodernité mondialisée. Croisant sciences sociales et pure recherche esthétique, l’artiste décortique et déconstruit les mythologies qui habitent ces territoires et cherche à retranscrire la vie de la France des marges : ses stations essence désertées, ses routes à n’en plus finir, son ambiance, ses rituels et bien sûr, les modes de vie de ses habitants. La frustration, l’ennui, ou encore la précarité, ne sont pas des thèmes directement abordés, mais apparaissent comme toile de fond à une oeuvre formant un grand tableau social questionnant la notion de collectif. Condensés de recherches, d’expériences et de rencontres personnelles, les oeuvres de Johanna Cartier se focalisent en fait sur les éléments qui constituent l’environnement social rural, et exprime les modes de vie de communautés plus ou moins subalternes ou stigmatisées. Gars des cités, camionneurs, habitués des PMU, adolescent.es errants, amateur.trices de rodéos urbains ou collectionneur.euses des fameuses baskets TN… Johanna Cartier investit et retravaille les symboles, les gestes et les objets fétiches de sous-cultures développant une esthétique traversée par des enjeux de distinction, de classe et de genre. Procédant par enquête et contact prolongé avec les sujets de ses oeuvres, l’artiste appréhende des sous-cultures qui ne lui sont jamais complètement étrangères, sans a priori, ni volonté d’en être la porte-parole. Célébrant tous les syncrétismes à travers le détournement et l’appropriation symbolique, Johanna Cartier fait plutôt de la représentation de ces cultures un acte politique d’inclusion. D’August Sander à Mohammed Bourouissa, son travail ouvre de nouveaux espaces de visibilité dans le champ de l’art et s’inscrit dans l’héritage du réalisme tout en laissant une large place aux fantasmes.

Texte écrit par Julie Ackermann à l’invitation de Documents d’Artistes Bretagne pour BASE, 2021

L’été

Je suis posé sur le bitume,
devant un champ,
le soleil frappe fort sur la carrosserie de mon âme.
Je fume et je fume et je pense parce que je stresse un peu.
Je pense à l’été qui s’annonce
je dois charbonner
J’ai pris un job,
je dois servir des bières dans un PMU,
ça sent la cacahuète.
J’aime bien quand même,
quand je m’ennuie trop je regarde les courses et
j’imagine que je m’envole jockey sur pur-sang.
Sinon je sors mon smartphone et je regarde Instagram,
en ce moment je suis le compte de @tndrjoj.
je regarde un post de l’hiver dernier c’est une vidéo,
ça me fait du bien, des glaçons dans mon cerveau.
Sur la vidéo on peut voir une collection de paire de de baskets nike modèle tn.
disposé en coeur sur la glace, je contemple toutes les couleurs,
J’harnache mes désirs sur des objets accessibles.
De temps en temps je parie une partie de mon salaire sur une course,
on sait jamais si je peux arrêter de taffer.
Mais là c’est chaud, j’attends ma Jeanne d’arc,
survet adidas tn nike motocrossée.
J’ai les poils qui s’hérissent sur mon avant-bras.
Elle arrive, pas tout à fait comme je l’imaginais,
elle a pas mis le survet que je préfère, tant pis.
J’ai quand même des papillons tatoués dans le ventre.
On parle à peine, je me blottis derrière elle, elle accélère dans les virages et je me sens
bien. On va là ou on peut, on le fait comme on le peut maladroit comme pas deux. Le désir le
désir le désir. Dans mon nez l’odeur du foin mélangé à celle de l’essence remplace celle de la
cacahuète. Je me sens tour à tour moto et cavalier, cheval et motarde.
Quand on a fini je pense aux chevaux qui ne s’arrêtent pas de courir,
j’ai envie de les arrêter en tirant leur crinière,
de leur chuchoter à l’intérieur de leurs grandes oreilles,
ça va plus besoin de te muscler on peut faire des courses de cross à la place,
pour le turfu’ on verra, mais là je connais la pilote de mon coeur.
Vroum, vroum.

Théo Robine-Langlois, été 2021



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